
Les cantons actuels d'Orpierre, de Ribiers, de Rosans et même la baronnie d'Arzeliers dont il a été question ci-dessus dans un article spécial, ne furent réunis que fort tard au Dauphiné. Ils appartenaient aux barons de Mévouillon et de Montauban sous la suzeraineté des comtes de Provence. Le 10 juillet 1298, Raymond de Mévouillon se reconnaît vassal du Dauphin pour toutes les terres qu'il possédait; en 1302, Hugues de Loubières, baron de Montauban, vend toutes ses possessions au même prince; en 1317, Raymond de Mévouillon le fait héritier de toutes ses seigneuries. Ainsi fut consommée l'union au Dauphiné de la plus grande partie de l'évêché de Gap situé sur la rive droite de la rivière du Buëch, circonscription territoriale qui a conservé le nom de Baronnies. Le mandement de la Val d'Oulle demeura jusqu'à la fin du XVe siècle sous la juridiction du comte de Provence. Les populations des Baronnies sont de la même race que celles du Gapençais, les moeurs, les usages, les institutions municipales de ces deux contrées voisines ne différent pas sensiblement.
ALIARD (abbé). Çà et là dans la vallée du Buëch. Gap, Richaud, 1878, in-12.
Les Dauphins, dès qu'ils eurent implanté leur autorité dans les Baronnies, créèrent au Buis un bailliage pour rendre la justice à leurs nouveaux sujets. L'étendue de ce bailliage varia beaucoup et ne tarda pas à être restreinte; en effet, le bourg de Serres, siège du bailliage du Gapençais, de 1298 à 1511, était situé sur la limite extrême du bailliage des Baronnies et ne tarda pas à attirer à lui les justiciables les plus voisins. Je ne connais pas les époques successives auxquelles les communes du Rosanais et des vallées environnantes furent unies au bailliage de Serres; il est probable que cette annexion eut lieu peu à peu et pour ainsi dire insensiblement. En 1789, le tiers de la communauté de Rosans faisait encore partie du vibailliage du Buis, les communes de l'Èpine, Rosans et Saint-André de Rosans dépendaient de la subdélégation de la même ville et l'Épine se rattachait à l'élection de Montélimar. Tout le reste de la contrée ressortissait à Gap, au point de vue administratif et judiciaire.
En 1447, une ordonnance de Louis, dauphin, supprima le bailliage des Baronnies, comme les autres bailliages du Dauphiné, et le remplaça par un vibailliage, mais, en même temps, elle réunit les quatre bailliages des Baronnies, de Gapençais, d'Embrunais et de Briançonnais en un seul grand bailliage qui prit le nom de bailliage des Montagnes. Le bailli des Montagnes avait des attributions exclusivement administratives et militaires; il était comme le lieutenant du gouverneur du Dauphiné, et faisait sa résidence au Buis. Cette charge ne tarda pas du reste à devenir une sinécure, lorsque l'administration provinciale eut été perfectionnée et centralisée; au XVIIe siècle, les intendants et les subdélégués concentrèrent dans leurs mains toute l'administration effective et ne laissèrent au gouverneur du Dauphiné et aux grands baillis qu'un vain titre purement honorifique. A la fin du XVIIIe siècle, on négligea même de pourvoir le bailliage des Montagnes d'un titulaire, tant son inutilité était bien constatée.
Les châtelains du Buis avaient sous leur juridiction presque toute l'étendue des cantons actuels de Ribiers, Orpierre et Rosans;
Dans une bulle de 1152 la paroisse d'Antonaves est placée sous le vocable de sainte Marie; ce vocable fut changé dans la suite, car, au XVIIe siècle, cette église était dédiée à saint Pierre-aux-Liens. Elle était à la collation du prieur d'Antonaves. Une chapelle de Saint-Cyr était construite, dès 1177, sur le haut d'une montagne fort élevée située sur les limites d'Antonaves et de Saint-Pierre-Avez ; une autre chapelle de Sainte-Eutrope existait au XVIe siècle dans cette paroisse.
Antonaves possédait un prieuré fort important. Vers 960 l'impératrice Alix, soeur de Conrad-le-Pacifique, donna à l'abbaye de Montmajour la terre d'Antonaves; cette libéralité fut approuvée, en 965, par le roi Conrad. Montmajour y établit un prieuré qui resta jusqu'en 1789 sous sa juridiction; le prieur était à la fois collateur de la cure, décimateur de la paroisse et seigneur temporel.
Les Frères Prêcheurs d'Arles possédaient des droits assez importants à Antonaves, Ribiers, Pomet, Châteauneuf-de-Chabre, Arzeliers et Montéglin; ils les cédèrent le 19 août 1266 au prieur Antonaves.
La paroisse d'Antonaves faisait partie de l'archiprêtré du Rosanais.
Le prieur, seigneur d'Antonaves, avait une juridiction particulière s'exerçant au XVIIee siècle à Serres avec appel au vibailliage de Gap. Antonaves dépendait de l'élection et de la subdélégation de cette ville.
Depuis le Xesiècle le prieur d'Antonaves était seigneur de cette paroisse. En 1580, le capitaine Blaise Penchinat, protestant, s'empara sans forme de procès de cette terre et la garda pendant plus de dix ans, en faisant nommer comme titulaires du prieuré des créatures à lui, qui, moyennant quelque argent, lui en laissaient palper les revenus. Il se qualifiait de seigneur d'Antonaves et il ne fallut rien moins que plusieurs procès pour l'expulser.
1338, Guillaume de Mévouillon, seigneur de la Val-de-Barret, s'empare d'Antonaves à main armée.
1342, 5 novembre, le prieur renonce au droit de succéder à ceux qui meurent sans enfants moyennant le trente-huitième de tout ce qui se cuit au four.
1351, 6 juin le Dauphin prend la communauté d'Antonaves sous sa protection,moyennant une redevance annuelle de 2 florins.
1353, 9 novembre, et 1358, 19 août, le Dauphin rend au prieur son château, saisi pour le mettre en défense contre le comte de Provence.
1390, quatre-vingts cavaliers de l'armée de Raymond de Turenne, révolté contre le comte de Provence, se saisissent d'Antonaves et le mettent au pillage.